JIM PRESIDENT
Cette semaine, un Français sur trois fête un citoyen qui ne vote pas, ne paie pas d'impôts et ne serre jamais une main sur un marché. Il pèse pourtant plus lourd qu'on ne le croit. Jim, mon cocker, a désormais un programme.
Jim Président
L'électorat canin que Dieppe n'a pas encore vu venir
Cette semaine, un Français sur trois fête un citoyen qui ne vote pas, ne paie pas d'impôts et ne serre jamais une main sur un marché. Il pèse pourtant plus lourd qu'on ne le croit. Jim, mon cocker, a désormais un programme. Dieppe, elle, n'a toujours pas répondu.
Afficher l'image L'affiche de campagne de Jim, pour la Semaine Nationale du Chien 2026.
Un tiers des Français qu'on ne compte jamais
Du 26 septembre au 4 octobre 2026, la France vit sa Semaine Nationale du Chien. Quatrième édition, plus de trois cents événements sur tout le territoire, et un chiffre qui devrait faire réfléchir n'importe quel stratège électoral : un Français sur trois possède un chien. Vingt millions de foyers, peut-être davantage : la FACCO a récemment révisé sa méthode de comptage pour mieux inclure les jeunes, les zones rurales et les grands foyers, ce qui suggère que le chiffre réel était sous-estimé. Un tiers du pays. Et pourtant, dans aucun programme municipal, dans aucune étude d'opinion locale, ce tiers-là n'apparaît comme un corps constitué. On compte les retraités, les familles, les actifs, les étudiants. On ne compte jamais les maîtres.
Jim, médiateur social avant d'être candidat
Jim ne lira jamais cet article, ce qui est sans doute la seule qualité qui manque à un bon éditorialiste. Cocker noir de son état, il me suit cent pour cent du temps — dans mes bureaux, sur mes chantiers, dans mes réunions. Il fait, sans le savoir, un travail que je ne saurais confier à aucun consultant : la médiation. Il détend une négociation qui s'enlise, il ouvre une conversation qui ne démarrait pas, il rappelle à des dirigeants pressés qu'il existe, sous les tableurs, une vie qui respire. Dans mes entreprises, on ne le tolère pas : on l'accueille, formidablement, à chaque fois. Et c'est peut-être là que tout a commencé.
La révélation venue du cercle polaire
L'an dernier, à l'occasion d'un voyage jusqu'au cercle polaire, tout en haut de la Norvège, j'ai emmené Jim avec moi. Et j'ai découvert, chemin faisant, ce que le mot « dog-friendly » voulait vraiment dire : des pays dog-friendly, des villes dog-friendly, des hôtels dog-friendly... Pas un supplément d'âme accordé à l'animal, mais un principe d'organisation urbaine. Dans ces pays-là, la place du chien dans la vie urbaine n'est pas un sujet anecdotique : elle est le marqueur d'une civilisation apaisée, bienveillante, où la relation à l'animal dit quelque chose de profond sur la relation des habitants entre eux, avec leur ville, avec la nature. Les chiens y voyagent gratuitement dans les transports en commun, à Stockholm comme à Oslo. Les restaurants les accueillent, en salle comme en terrasse. Et j'ai pensé à Dieppe : huit hectares de pelouses face à la mer, un littoral à faire pâlir n'importe quelle station balnéaire, une ligne transmanche qui déverse chaque année des milliers de dog lovers britanniques sur nos quais. Tout, chez nous, est déjà là. Rien, chez nous, n'est organisé.
Vingt pages, dix actions, et un silence depuis avril
Je suis rentré de Norvège avec une conviction, et j'en ai fait un document. Vingt pages, dix actions calibrées dans le temps et dans le budget : une feuille de route, pas un catalogue de vœux. Je l'ai remis, en avril 2026, à M. Nicolas Langlois, réélu maire de Dieppe dès le premier tour quelques semaines plus tard. Une délégation municipale dédiée à la condition animale, sur le modèle de Toulon. Un premier caniparc clos. Une plage identifiée, toute l'année, comme terre d'accueil pour les chiens — pas par défaut, mais par choix. Un label « Commerce dog-friendly ». Une relance de l'exposition canine historique des pelouses de la plage. Et, au cœur du dispositif, un mécanisme de financement pour la SPAD, dont je reparle plus bas. Depuis avril, je n'ai reçu ni accusé de réception, ni objection, ni rendez-vous. Rien. Le silence est aussi une réponse, en politique. Il dit, pour l'instant, que le sujet n'est pas jugé prioritaire.
Jim Président : la vraie question derrière la blague
Alors, faute de mieux, j'ai pris une décision. Puisque personne ne répond à mon courrier, j'ai décidé de le faire porter par un candidat plus charismatique que moi. Jim a désormais sa cocarde bleu-blanc-rouge. Jim a un programme en dix points, calibré dans le temps et dans les coûts. Jim a même, ce qui n'est pas rien par les temps qui courent, un bilan de sympathie qui dépasse très largement le mien sur les marchés du centre-ville. Il ne prétend à aucun mandat — la Constitution, jusqu'à nouvel ordre, ne le lui permet pas. Mais la plaisanterie a le mérite de poser une vraie question, sérieusement : les propriétaires de chiens forment-ils, quelque part, un électorat que l'on pourrait rassembler ?
Ce que Lille, Toulouse, Toulon et Grenoble ont déjà compris
La question n'est pas absurde. Ailleurs, des villes l'ont déjà tranchée dans les faits, sinon dans le discours. Lille, classée ville la plus accueillante de France pour les animaux de compagnie, en a fait un totem d'image autant qu'une politique publique. Toulouse a construit, avec son Canipôle, une véritable école municipale d'éducation canine, gratuite et animée toute l'année. Toulon a créé une délégation politique dédiée à la condition animale. Grenoble a généralisé, en 2024, l'accès des chiens à 90 % de ses parcs — un signal politique qui dit qu'une ville peut être propre et accueillante en même temps. Ces classements, compilés chaque année par la Fondation 30 Millions d'Amis, ne récompensent jamais un coup de communication isolé, mais un portage politique clair, un maillage d'équipements concrets, et une stratégie qui valorise la démarche plutôt qu'elle ne la cache. Un tiers des Français, cela ne fait sans doute pas un parti. Mais cela fait, sans discussion possible, un public — présent dans l'espace public tous les jours, et jusqu'ici totalement négligé par le discours municipal dieppois.
La SPAD, une urgence solidaire que le dog-friendly peut financer
Il y a, à cette réflexion, une urgence qui dépasse la seule image de la ville. La Société de Protection Animale Dieppoise (SPAD), installée à Saint-Aubin-sur-Scie, assure la mission de fourrière pour le compte de la Ville de Dieppe. Elle traverse une crise financière que l'association elle-même a rendue publique : frais vétérinaires, salaires et croquettes d'un côté, dons en baisse et abandons en hausse de l'autre. La Ville verse une subvention, mais celle-ci ne suffit visiblement plus à couvrir l'écart. Voilà, très concrètement, ce que je propose depuis avril : faire de la politique dog-friendly le levier de financement de la SPAD plutôt que sa concurrente. Une part d’euro reversé sur chaque sac à déjection vendu via de futurs distributeurs automatisés. Une part « chien » sur les nuitées des hôtels partenaires. Une collecte lors de l'exposition canine relancée et de la future Journée « Dieppe, ville amie des chiens ». Ce n'est pas un supplément d'âme : c'est un cercle vertueux où chaque geste du quotidien — acheter un sac, réserver une chambre, participer à une fête — nourrit le refuge plutôt que de l'épuiser un peu plus.
Un cadre légal qui a déjà changé
Le sujet, d'ailleurs, dépasse largement la seule question de la propreté urbaine ou du tourisme. La médiation animale, aujourd'hui documentée, produit des effets mesurables en EHPAD, en milieu hospitalier, en milieu scolaire : apaisement, stimulation cognitive, réduction de l'isolement. La loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024 garantit désormais aux résidents d'EHPAD le droit d'accueillir leur animal de compagnie, et un arrêté du 3 mars 2025 en précise les conditions. Le cadre légal, en somme, a déjà changé. Reste aux communes à s'en saisir.
Une vision, pas une polémique
Je l'écrivais déjà à propos de la confiance — « Et si tout partait de la confiance ? » — : un territoire ne se réinvente jamais par le haut. Il se réinvente par une somme de gestes qui, mis bout à bout, finissent par dessiner une identité. Une gamelle d'eau posée devant une boutique, une laisse qu'on retire enfin sur une pelouse dédiée, un refuge qu'on ne laisse plus s'épuiser seul : rien de tout cela n'est spectaculaire. Et c'est précisément pour cela que rien de tout cela ne coûte cher. J'écrivais, ailleurs, qu'un territoire qui désobéit un peu à ses habitudes s'en porte généralement mieux. Dieppe a tout pour devenir la première ville dog-friendly de Normandie : la mer, le littoral, le tissu associatif, la Transmanche, et un tiers de sa population qui n'attend, au fond, qu'une chose — qu'on cesse de la traiter comme une anecdote.
Alors, Monsieur le Maire: le dossier vous attend toujours. Jim aussi. Il n'exige ni cabinet ni indemnité, seulement un peu d'attention — et, en cette semaine qui lui est dédiée, ce serait un joli symbole que d'y répondre enfin. À défaut, il se représentera l'an prochain.
Valéry Jimonet




